Le Chimborazo

La Carrera del Chimborazo

La más alta del Mundo

Années d'existence

Athlètes par course

Km de parcours

Mètres d'altitude

La course

La course est organisée tous les deux ans sur les pentes du volcan Chimborazo par l’association Equateur-France-Athlétisme. Ce volcan qui culmine à 6 268m n’est pas entré en éruption depuis plus de 10 000 ans. Ainsi il n’est pas rare de trouver de la neige sur le parcours bien qu’on se trouve près de l’équateur.

Le nombre d’arrivants :
1992 = 115 / 1994 = 167 / 1996 = 188 / 1998 = 125 / 2000 = 124 / 2002 = 94 / 2004 = 130 / 2007 = 69 / 2009 = 129 / 2011 = 94 / 2014 = 89 / 2016 = 137

Tous les français qui ont participé :
1992 Jacques Antoine, Martine Maillochon – 1996 Pascal Préault – 1998 Pascal Monmarteau, Pascal Marchet – 2000 Patricia Alt – 2002 Pierre Boudet, Denise Delage, Serge Maillet, Louis Panzera – 2004 Pierre Boudet, Valérie Galland – 2011 Frédéric Arnal, Robin Barba, Thomas L’Hermite, Martine Maillochon, Alain Tissier – 2014 Benjamin Carvi – 2016 Lionel Delhomme, Patricia Durand, Philippe Durand, Thierry Pioche.

Historique

Pascal Préault, un globe trotter de la course à pied, qui vient de courir au Népal le marathon de l’Everest et de participer à l’ascension du Mont Cameroun, veut s’associer au jumelage en organisant, pourquoi pas, une course à pied à Riobamba.

 

Nous sommes en 1990. Pascal décide de faire l’ascension du Chimborazo, le sommet le plus haut d’Équateur (6310 m) et nous fait part de ses sensations.

« A une heure du matin avec Hernan, un guide Équatorien, nous attaquons le plus haut sommet d’Équateur. La première partie de la montée est très caillouteuse et parfois dangereuse, car la roche est très tendre et entre ces rochers la route n’est pas facile à trouver, le guide en a même perdu la direction. Au bout d’un certain temps, enfin l’ouverture et le contact avec la neige ! A ce moment-là nous chaussons les crampons et, piolet en main, nous commençons notre marche vers le sommet. Nous écoutons dans la nuit la montagne parler, au fur et à mesure de la montée le souffle se fait rare et une complicité vient s’établir entre le guide et moi. Lui me trace la route et moi grâce à mon équipement étudié contre le froid, je le réchauffe. Les guides équatoriens n’ont aucun point commun avec nos guides alpins. En Equateur le matériel est réduit au minimum et pas toujours sécurisé. Hernan n’a en sa possession qu’un seul gant. Il est huit heures lorsque nous arrivons au sommet et le spectacle est splendide. La chaîne des volcans est devant moi, l’image est au ralenti et photographiée à vie dans ma mémoire »

Dans la descente au retour de cette ascension, Pascal Préault pense que le lieu peut être idéal pour organiser une course à pied.
De retour en France, il travaille sur le projet.
En 1992, 500 ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, 200 ans après la mort de Jean et Isabel Godin, la première édition de la Carrera del Chimborazo est organisée avec 13 Français au départ du Berry.

La Carrera del Chimborazo est donc créée en 1992, avec pour principe de n’organiser cette course que tous les deux ans. Le départ est donné à 4800 mètres, à la même altitude que le Mont Blanc, au refuge Carrel, lieu plus connu par les alpinistes de grande envergure que par les coureurs à pied. L’arrivée est jugée à 3 Km du village de San Juan, à une altitude de 3200 m après 21,1 km d’une descente infernale, terrible …

Graciela Préault Caisabanda, la présidente d’Équateur France Athlétisme, nous parle de la Carrera del Chimborazo.

« La Carrera del Chimborazo a pour objectif premier d’aider les athlètes équatoriens. Les chaussures et les maillots que nous donnons aux athlètes sont très appréciés et je pense que la course à pied est un bon vecteur de promotion sociale ».

Pour nous Européens, la Carrera del Chimborazo offre régulièrement son lot d’anecdotes.

1992
L’équipe organisatrice a bien prévu de limiter le nombre de concurrents à 50, mais elle doit se résoudre à distribuer 130 dossards et à laisser prendre le départ à de nombreux non-inscrits. Le lendemain de la première organisation, un fax est envoyé de l’hôtel Whymper à Riobamba à la presse locale berrichonne :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« GIGANTESQUE …. ! ” La Carrera del Chimborazo”

130 participants au départ, 115 à l’arrivée.

La course s’est effectuée dans un décor de rêve (paysage, couleurs…). Bien que la compétition ait eu lieu en pleine nature, une grande foule d’indiens est venue assister à cet événement. Tout le monde ici nous dit que c’est un grand succès. Une chose est sûre, hier nous tous, coureurs du Sporting Club de Saint-Amand et accompagnateurs, avons vécu un grand moment, gravé à jamais dans notre mémoire.
A vendredi
Nous allons tous très bien, mais un peu fatigués ».

1994
Parti pour un périple de trois mois en Amérique Latine, Pascal Préault, le 8 novembre 1994, laisse quelques unes de ses impressions :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« La carrera del Chimborazo, c’est l’histoire de l’organisation d’une course à pied pleine de passion, d’aventure, d’exotisme, de couleurs et d’anecdotes… La deuxième édition se déroule le jour de la fête nationale, à 4800 mètres d’altitude au pied du Chimborazo, le plus haut sommet d’Équateur (6310 m). A quelques encablures de là, le Tungurahua (5016 m), l’Altar (5319 m), le Cotopaxi (le plus haut volcan en activité), sont autant de sommets qui nous font tourner la tête et perdre le souffle… Pour un jour, un français, un peu fou, va déranger la nature du Chimborazo. J’ai appris qu’il fallait beaucoup de temps pour réaliser de belles choses en Amérique latine. Le Chimborazo est un mythe et personne n’avait osé organiser une course à pied sur ses pentes. Il est difficile de courir en altitude, mais pour les athlètes équatoriens la course à pied est une survie. L’effort ne semble pas les éprouver à court terme, à long terme j’émets quelques doutes. Avec peu de moyens pour un si petit pays, ils ne se débrouillent pas si mal. Les pistes ne courent pas les rues et lorsqu’elles existent, elles sont utilisées non seulement par les athlètes mais aussi par les cyclistes, les vaches ou les voitures. Cela n’empêche pas l’Équateur de “fabriquer” quelques champions. Cela dit, le Chimborazo veille sur le peloton de la Carrera et une certaine magie propre au pays se produit. »

1996

Pascal Préault part cette année là avec seulement 1500 dollars en poche, dans le but d’offrir quelques primes d’arrivée et ainsi de faire participer le maximum d’athlètes équatoriens. Chaque coureur doit tout de même s’acquitter d’un droit d’engagement de 5 francs. C’est une somme symbolique, car en contrepartie les organisateurs offrent à chaque arrivant un tee shirt, un repas d’après course et une fête folklorique. En somme, les méthodes françaises sont transposées pour l’organisation de la Carrera del Chimborazo. Au départ de cette édition, il y a de bons coureurs comme le vainqueur José Jami, mais aussi des coureurs populaires comme ce vieux pépé de 81 ans. Il s’appelle Manuel Humberto Diaz et il fait partie de la catégorie des vilcabambaboys. Il a promis de courir cette course jusqu’à 100 ans. Vilcabamba est une vallée au sud de l’Équateur où les gens vivent très vieux jusqu’à 120 ans…

 

Le seul point noir de l’organisation reste l’acheminement des coureurs au point de départ. Les bus arrivent tous, plus ou moins à l’heure car il y a toujours une panne. Alors les participants terminent leur trajet à pied pour rejoindre la ligne de départ.

1998

Après 24 heures de voyage et 9000 km, Pascal Préault et sa petite famille, Pascal Monmarteau et Pascal Marchet atterrissent à Quito sur le dangereux aéroport d’Équateur (il reste en bout de piste une carcasse déchiquetée, témoignage du dernier accident d’avion). Mais qu’on se rassure toute l’équipe est arrivée à bon port, seul Pascal Monmarteau a perdu une valise mais heureusement il ne s’agit pas du sac contenant son équipement sportif. Il peut donc préparer la Carrera del Chimborazo dans de bonnes conditions, tout comme son compère Pascal Marchet….

 

Les bus sont à l’heure, les ravitaillements à leur place, les signaleurs au bon endroit et le départ donné à l’heure précise. Pascal Préault croit rêver, il déchante vite ! Les 115 engagés sont bien décidés à décrocher les deux billets pour la France promis par les organisateurs.

Dès le départ l’allure est soutenue et un groupe de huit hommes se dégage rapidement du peloton. Trop vite certainement, car quelques attardés décident de couper à travers la montagne, dans la roche et le sable volcanique.

Pascal Préault pique une grosse colère, arrête la course au bout de dix minutes et donne un second départ après un discours musclé. A nouveau le groupe des huit se retrouve à l’avant mais, au 11ème km ils ne sont plus que deux : Miguel Roméro et Nestor Quinapanta, qui se montrent les plus forts en bouclant les 21,1 Km en 1 heure 09’22’’.

Pascal Monmarteau, le français, pas très à l’aise en début de course car il a la tête un peu lourde et l’estomac fragile, se reprend très vite pour finir à une belle 15ème place en 1 h 17’23. Après l’arrivée il nous dit :

« Au fur et à mesure qu’on perdait de l’altitude, les sensations revenaient. Le niveau des athlètes équatoriens est très relevé et cela restera une riche expérience pour moi ».

Quant à Pascal Marchet, il est ravi d’avoir pu terminer à son rythme et se souviendra longtemps de la remise des récompenses et des danses locales. En effet, si les équatoriens ont encore beaucoup à apprendre pour mettre sur pied des courses Hors Stade, ils sont des maîtres dans l’organisation des festivités.

2000

Lorsque vous arrivez à Riobamba en cette fin de millénaire, la première surprise que vous rencontrez en levant la tête, c’est la neige en partie fondue du Chimborazo. La population est inquiète. Les uns pensent au réchauffement de la planète, les autres à une possible éruption. Un groupe de scientifiques emmené par un français est en train d’étudier ce phénomène. A ce jour ils ont trouvé, par des sondages au sommet du Chimborazo, des eaux bouillonnantes à 20 mètres de profondeur qui seraient à l’origine du phénomène. Le Chimborazo est un volcan éteint depuis 15 000 ans. Tout près, le Tungurahua fume toujours suite à son éruption du mois d’octobre 1999.

 

La deuxième surprise c’est la “dollarisation” du pays. Fini le sucre, tout s’échange en dollar. Le changement de monnaie s’est effectué au mois de septembre 2000 et la population semble s’en accommoder parfaitement.

Dans ce contexte, nos athlètes équatoriens sont tout heureux de nous revoir. 150 athlètes se sont inscrits et une quarantaine d’autres ont couru sans dossard. Il faut savoir que pour un athlète équatorien venir à Riobamba lorsque l’on habite Quito, Cuenca, voire plus loin et que l’organisateur demande un certificat médical et un dollar d’inscription cela représente un coût important.

L’objectif de la course est bien de donner une opportunité de courir à tous les athlètes équatoriens .

Chaque athlète s’est préparé minutieusement pour cette course. Le billet d’avion offert aux deux premiers pour participer à Marvejols-Mende semble intéresser, c’est pourquoi, presque tous les meilleurs coureurs équatoriens sont présents. Il manque à l’appel Martha Tenorio qui la semaine dernière a remporté le marathon de Mexico en 2 h 34. Néanmoins elle est venue en spectatrice comme Sylvio Guerra, 14ème aux dernierx Jeux Olympiques sur marathon. Nous avons assisté à une course passionnante entre Nestor Quinapanta, le vainqueur de la dernière édition et Franklin Ténorio. C’est Franklin Ténorio qui a eu le dernier mot en remportant cette 5ème édition et en pulvérisant le record de l’épreuve en 1 h 04’47’’.

Patricia Alt, la française pourtant expérimentée puisqu’elle fut championne de France sur 10 000 m et vice championne de France sur semi marathon chez les vétérans, n’a pas pu rivaliser avec les équatoriennes en prenant la 9ème place de la course féminine en 1 h 55’.

2002

Depuis 1999, un ou deux athlètes équatoriens participent à la course de légende Marvejols-Mende. Ils sont invités par les organisateurs de l’association Marvejols-Mende. Nous avons profité de la présence de Jean Claude Moulin et de toute son équipe à cette édition pour signer un protocole de jumelage entre la Carrera del Chimborazo et Marvejols-Mende. La cérémonie s’est déroulée le Samedi 21 décembre 2002 à 19 heures à la Mairie de Riobamba devant les athlètes de la Carrera del Chimborazo et en présence des autorités de Riobamba.

 

« Une course au bout du monde, dans le pays des volcans et des légendes, sur le milieu du monde, l’Équateur. Le Chimborazo et l’Équateur sont indissociables non seulement sur les armes du pays mais aussi dans le cœur de tout véritable équatorien. Ce volcan qui culmine à 6310 m est le théâtre tous les deux ans de la plus terrible des épreuves : La Carrera del Chimborazo. Elle se court sur 21 km. Le point de départ est le refuge Carrel bien connu des alpinistes à 4800 m. L’arrivée se juge à San Juan à 3200 m. Inutile de dire que l’altitude joue un rôle majeur et que cette épreuve est pour les autochtones un véritable mythe.
Ce 22 décembre, les meilleurs coureurs du pays mais également les Indiens des contrées alentour se sont donnés rendez-vous pour cette ultime épreuve sportive, auxquels un petit groupe de français s’est joint.
A dix heures, le peloton est lâché sous un soleil qui scintille de mille feux sur une fine pellicule de neige tombée quelques jours auparavant.
Les filles, parties 10 minutes avant, ouvrent la route dans un décor inimaginable : à perte de vue l’horizon révèle des dizaines de sommets dont certains enneigés et d’autres au dôme fumant comme le Tungurahua.
Les cinq premiers kilomètres sont courus sur chemin et après avoir traversé une couronne de brume rafraîchissante, les concurrents attaquent la portion macadamisée.
Chez les féminines, Yolanda Quimbita s’envole vers une victoire incontestée et un nouveau record de l’épreuve.
Chez les hommes, longtemps seul en tête, Luis Lopez se fait rejoindre vers le dixième kilomètre atteint en 29’12, les connaisseurs apprécieront.
Alors que le peloton s’étire dans des paysages à couper le souffle aux quelques spectateurs, des troupeaux de Guanacos paisibles et seuls hôtes dans ces altitudes s’approchent curieux et amusés par ces bipèdes pressés.
Les premiers hameaux andins sont atteints par Bustillos et Ramos, désormais seuls en tête et se relayant.
A la cote 3800 m environ c’est le monde des hommes qui reprend ses droits avec des cultures, des villages aux toits de chaume et des troupeaux de moutons et lamas.
Les deux cents derniers mètres voient s’imposer Bustillos avec 10 secondes d’avance sur Ramos.
Tous les participants termineront, y compris nos français, heureux et bien fatigués mais totalement conquis par cette épreuve, ces paysages et la chaleur des équatoriens.
Groupes folkloriques, orchestres traditionnels et remise de prix suivent les discours et remerciements des autorités. Pascal Préault, l’organisateur a non seulement réussi son pari mais il a apporté l’amitié et le soutien financier de la commune de Saint-Amand-Montrond aux édiles de Riobamba, capitale de la province durement touchée par une récente explosion.
Le jumelage avec la course du Marvejols-Mende, qui offre des voyages et séjours en France aux deux vainqueurs, sera également concrétisé par des parchemins officiels signés devant les concurrents enthousiastes et motivés ».

Jean Claude Moulin

2004

A l’image du pays, sur cette course tout peut arriver. La réalité dépasse souvent la fiction.

 

Le départ est donné à 4800 m d’altitude, soit à la hauteur du Mont Blanc. La neige est à peine présente. La température avoisine les 0°. Il ne faut pas oublier que nous sommes au niveau de l’Équateur. A cette altitude l’oxygène commence à être rare. Les coureurs viennent de tout le pays pour participer à cette épreuve sur le mythique Chimborazo, le sommet le plus haut d’Équateur (6310 m). Pendant longtemps les scientifiques ont pensé que le Chimborazo était le sommet le plus élevé du monde mais en réalité il est le plus éloigné du centre de la terre.

Ce sont des bus au départ de Riobamba qui véhiculent les athlètes jusqu’au départ, soit quarante kilomètres de montée. La fin du parcours est difficile lorsque la route n’est plus goudronnée et il n’est pas rare de voir les athlètes descendre du bus et pousser dans les passages les plus délicats. Après deux heures d’acclimatation les quelque 200 coureurs sont libérés à environ 10 heures et c’est au milieu d’un paysage lunaire, qu’ils dévalent à une vitesse à en perdre l’équilibre sans même déranger les vigognes qui vivent ici.

La Carrera del Chimborazo n’est pas seulement unique parce qu’elle se court en altitude, mais aussi parce que c’est un semi-marathon tout en descente. Après un départ à 4800m d’altitude, l’arrivée est jugée à 3200 m au milieu de nulle part en pleine montagne. Tous les indiens des communautés avoisinantes se sont arrêtés de travailler le temps d’une matinée pour assister à l’arrivée, souvent dans la souffrance, des athlètes.

Les résultats pour l’édition 2004 comme les autres années, pour nous français, nous font perdre le souffle. Le vainqueur de l’épreuve, Edgar Jami, se dit nouveau dans l’épreuve. Il termine le semi marathon en 1h 06’10’’ ! La famille Préault, qui suit de près les résultats des équatoriens tout au long de l’année le confirme : « c’est la première fois qu’il réalise un si bon résultat. Attendons maintenant le mois de juillet et le classement à Mende, pour voir s’il est capable de confirmer cette performance dans une confrontation internationale beaucoup plus relevée. »

Au final, ce sont six athlètes qui sont passés sous la barre des 1h10 et vingt-deux sous les 1h15. Coté féminin, seulement onze athlètes sont présentes au départ. En Équateur, les coureurs populaires ne sont pas très nombreux et chez les femmes le phénomène est amplifié. Valérie Galland, la française l’a bien compris, championne du Cher de cross 2004, vice-championne régionale, 4ème aux interrégionaux, se classe 8ème en 1h35’13’’. Devant elle se trouvent quatre internationales équatoriennes. C’est Gabriela Cevallos qui s’est imposée en 1h18’43’’ devant Monica Amboya en 1h 20’28’’. Originaire de Riobamba, elle est devenue très récemment championne sud américaine du 3000 steeple en 10’25’’90.

La course terminée, Enrique Veloz, la cheville ouvrière équatorienne de l’épreuve et Pascal Préault se promettent de recommencer dans deux ans, toujours très encouragés par tous les athlètes présents. Mais la tâche n’est pas facile. Si la passion est là, l’argent fait souvent défaut. Même si le budget ne semble pas être très important, il faut bien à Pascal deux ans pour réunir les 2500 euros du budget nécessaires à la bonne organisation de l’épreuve.

2007

Depuis quinze ans, Pascal Préault, le Ligniérois, et l’association Equateur France Athlétisme, organisent en Equateur à Riobamba, la ville jumelée avec Saint-Amand-Montrond, la Carrera del Chimborazo.

 

Le dernière édition de cette course à pied hors du commun, s’est déroulée le dimanche 12 août et comme à l’habitude, les collaborateurs locaux ont réservé à celui que l’on appelle à Riobamba “el Gringo Pascalito”, de gros lots d’anecdotes et d’imprévus.

Le Chimborazo et l’Equateur sont indissociables, non seulement sur les armes du pays mais aussi dans le cœur de tous les Equatoriens. Ce volcan qui culmine à 6310 mètres, est le théâtre tous les deux ans de la plus terrible des épreuves : la Carrera de Chimborazo. Cette course à pied se court sur 21 km. Le point de départ est le refuge Carrel, bien connu des alpinistes à 4800 mètres d’altitude, la hauteur du Mont Blanc. L’arrivée est jugée à San Juan à 3200 mètres. Inutile de dire que l’altitude joue un rôle majeur et que cette épreuve est pour les autochtones un véritable mythe.

“Depuis 1992, j’ai appris à gérer le comportement des Equatoriens” relate Pascal Préault. “Il est évident que l’organisation ne peut pas être aussi rigoureuse qu’en France et faut-il rappeler les objectifs de cette organisation : d’abord proposer aux Equatoriens de participer à une compétition,  car le nombre d’organisations n’est pas très important dans l’année par manque de moyens et ensuite de former les organisateurs locaux. Je laisse faire les choses afin de responsabiliser ces organisateurs, et au bout du compte tout se déroule à peut près bien”.

2009

Depuis presque 20 ans, le Lignièrois Pascal Préault, organise en Equateur à Riobamba, très certainement la course à pied la plus originale au monde. Le départ est donné à 4 800 mètres, à la même altitude que le Mont-blanc, au refuge Carrel, lieu plus connu par les alpinistes de grande envergure que par les coureurs à pied. L’arrivée est jugée à 3 km du village de San Juan, à une altitude de 3 200 mètres après 21,1 km d’une descente infernale, terrible… Une course au bout du monde, dans le pays des volcans et des légendes, sur le milieu du monde au pied du Chimborazo, le sommet le plus haut d’Equateur (6 310 mètres).

 

Le Chimborazo et l’Equateur sont indissociables non seulement sur les armes du pays, mais aussi dans le cœur de tout véritable Equatorien. Pascal Préault tient à préciser que si la Carrera existe aujourd’hui, c’est bien grâce au jumelage qui existe entre la ville de Saint- Amand-Montrond dans le cher et la ville de Riobamba en Equateur et la fabuleuse histoire d’Isabel Casamayor, équatorienne, mariée au Saint-Amandois Jean Godin venu en mission scientifique en Equateur au cours du 18° siècle.

Graciela Préault, la présidente d’Equateur France Athlétisme, nous parle de la Carrera del Chimborazo : « la Carrera del Chimborazo a pour objectif premier d’aider les athlètes équatoriens. Les chaussures et les maillots que nous donnons aux athlètes sont très appréciés et je pense que la course à pied est un bon vecteur de promotion sociale ».

Pour les Européens, la Carrera del Chimborazo offre régulièrement son lot d’anecdotes. Pour cette édition 2009, comme pour les précédentes, je m’attendais à quelques imprévus dans l’organisation, relate Pascal Préault, mais cela n’a pas été le cas. Tout a fonctionné comme prévu. Nous avons eu juste un problème avec la circulation. Si en 1992, le parcours emprunté était une piste, aujourd’hui la route est bien goudronnée sur une grande partie du parcours du semi-marathon et la voie est très fréquentée par les véhicules. Pour la prochaine édition, qui se déroulera en 2011, nous devons revoir le parcours sur sa partie finale. Du côté sportif, 165 athlètes ont pris le départ. A l’arrivée, ils étaient 129 à franchir la ligne. Comme à chaque édition, les résultats sont d’un bon niveau. Le vainqueur, Walter Balboa, réalise 1h06’32”. Cinq coureurs sont arrivés en moins de 1h10, douze en moins de 1h15. Chez les féminines, le niveau cette année était moins élevé. La première, Maria Patuna, termine en 1h 27’10”. Angel Guaman, le premier de San Juan, petit village indien où se juge l’arrivée, se classe 5e en 1h09’45”. C’est lui qui a reçu le trophée Sylvaine Lebris, en souvenir de cette jeune Saint-amandoise qui a enseigné à Riobamba au Lycée Isabel Godin quelque temps.

Egalement parmi les participants 4 américains, coureurs écologiques de l’association « Green City Runers » de New-York, qui parcourent le monde en participant à des courses à pied, pour faire prendre conscience à l’humanité des besoins en oxygène de notre planète. Cette année, ils ont choisi la Carrera del Chimborazo et symboliquement, un arbre a été planté le Samedi 27 juin 2009 à Riobamba, en présence des autorités de Riobamba.

Les objectifs de l’association Equateur France Athlétisme ne s’arrêtent pas seulement à l’organisation de la Carrera del Chimborazo. Régulièrement, Equateur France Athlétisme organise des circuits de compétitions en France pour les athlètes équatoriens. A la dernière édition de Marvejols-Mende, le Dimanche 19 juillet 2009, Vladimir Guerra s’est classé 40e en 1h23′. Lors de leurs voyages en Equateur, Graciela et Pascal Préault forment des organisateurs de course à pied, des officiels, des entraîneurs. Cette année, Graciela et Pascal Préault ont participé au traçage du circuit du championnat sud américain de course de montagne à la demande de la fédération équatorienne d’athlétisme et ils avaient pour objectif de mettre en place le fonctionnement d’une école de course à pied au Collège Chimborazo, près de Riobamba. Ils ont rencontré des jeunes extrêmement intéressés par la pratique de la course à pied. Graciela et Pascal ont réalisé, tous les deux ou trois jours, des séances d’entraînement et essayé de former un entraîneur. De retour en France, Pascal Préault constate qu’un mois d’encadrement n’est pas suffisant pour mettre quelque chose de durable en place. Il faut du temps en Amérique du sud pour réaliser de belles choses. La solution serait qu’un entraîneur français puisse se rendre disponible le temps d’une année scolaire pour rester sur place. Le président de la Communauté d’indiens du Chimborazo est prêt pour héberger une personne dans le cadre de ce projet. Il reste à l’association à trouver une personne intéressée par cette aventure athlétique.

2011

Dimanche 14 août 2014 – C’est le grand jour, nous partons tous à 8h en direction du collège du Chimborazo où le départ de la course doit être donné. Quand nous arrivons il y a déjà beaucoup de monde, des athlètes mais aussi des familles d’indiens pour lesquelles c’est jour de fête.

Le départ de la course se fait de façon assez artisanale et les spectateurs sont retenus derrière deux ficelles tendues. Les coureurs ont une petite boucle, puis deux grandes à parcourir, pour un total de 20 km. Des sachets d’eau et des bananes constituent les points de ravitaillement. Tout de suite au moment du départ, je remarque un coureur qui vient seulement d’arriver et qui est en train d’enfiler ses chaussures au moment du coup de sifflet. Il porte le dossard 258 et rejoindra le groupe quand il passera devant lui, c’est à dire à une vingtaine de mètres après la ligne de départ.

Après 1h16 minutes de course seulement, le premier coureur, Manuel CAÑAR franchit la ligne d’arrivée située sous le porche du collège après 1h 03’ 06’’ de course.

Il est à noter que le vainqueur de la carrera 2009, Walter Balboa, participe à la course. Au premier passage il est deuxième, mais il terminera troisième de l’épreuve, ce qui est fort honorable.

Robin Barba et Thomas L’Hermite (les deux petits-fils de Claude L’Hermite), dont c’est la première course, termineront également le parcours pour le plus grand bonheur et la plus grande fierté de leur grand-père.

Martine et Alain, nos deux berruyers termineront l’épreuve en 2h50.

Cent cinquante inscriptions enregistrées, mais seulement une centaine de participants à la course. Quelques abandons, certes, mais aussi quelques coureurs s’étant acquittés du droit d’inscription (deux dollars) pour percevoir seulement le tee-shirt qui était remis avec le dossard.

2014

La onzième édition de la Carrera del Chimborazo, par Christian Le Digarher

Dimanche 10 août. Dès sept heures l’heure prévue (en fait 7h30), les deux bus prévus (en fait un seul est venu) ont acheminé les coureurs, les officiels et nous-mêmes sur le site de la course distant de vingt-cinq kilomètres. Dès l’arrivée un soulagement, nous constatons que les consignes d’organisation ont été respectées par les responsables de la Communauté. Les inscriptions se poursuivent, mais à part la présence de nombreux athlètes, venus en car spécial de la ville d’Ambato, la participation est bien en dessous de nos espérances.

C’est sous un ciel bien nuageux et un temps plutôt frais que se sont déroulées les trois courses (une innovation pour cette onzième édition), ne permettant pas aux coureurs de découvrir la beauté du site dominé par le volcan Chimborazo culminant à 6328 mètres (le plus haut sommet d’Equateur).

Le départ de la première course, celle des huit kilomètres, prévu à 9 heures et donné à 9h15 , du fait du retard du bus. Vingt-huit participants se sont disputés la victoire, Oswaldo Castillo coupant la ligne d’arrivée en vainqueur après avoir mené de bout en bout.

Le départ de la course des seize kilomètres a été donné à 10h15, sans retard, à la cinquantaine de participants. Manuel Cañar l’emporte, après une lutte sévère entre les trois premiers. Cette course a vu la présence de Benjamin, un compatriote résidant à Strasbourg que nous avions rencontré la veille à l’hôtel et qui a répondu gentiment à notre invitation.

Les enfants (oubliés par les officiels ! départ avec une heure et demie de retard), ont clôturé cette édition par une petite boucle de trois kilomètres. Faible participation (neuf arrivants seulement).

Le ravitaillement à l’arrivée, préparé par les organisateurs, a permis aux coureurs de reprendre des forces laissées sur un parcours, jugé difficile, mais fortement apprécié.

Après les classements, faits rapidement par les membres de la fédération équatorienne, la remise des récompenses, moment fort attendu, a commencé en présence du président de la Communauté, de Victor Garcia, représentant la mairie de Riobamba, de la reine de la Communauté et de Pascal l’organisateur. Mais avant de procéder au palmarès, chacun s’est levé pour entendre l’hymne national équatorien écrit en 1865, « Salve o patria », moment toujours émouvant. Chaque athlète récompensé est reparti avec coupe et médaille et, bien sûr, la traditionnelle paire de chaussures offerte par l’association Equateur France Athlétisme.

Le lendemain, le quotidien « La Prensa » a édité un article d’une page, avec de nombreuses photos relatant cette onzième édition.

2016

L’ambition pour cette douzième édition était de revenir au départ originel au refuge Carrel du Chimborazo situé à 4850m d’altitude.

 

Après de nombreux rebondissements quant au nombre réel de bus, leur capacité, leur relative gratuité ainsi que les trajets qu’ils pouvaient effectuer tout a été réglé seulement la veille. Mais le matin même tous les bus prévus ne sont pas venus, nous n’avions pas été prévenus que certains ne pouvaient pas monter jusqu’au refuge et d’autres sont arrivés avec plus de trente minutes de retard au point de rendez-vous. Pour une montée de normalement 1h30, nous avions donc prévu  large avec un rendez-vous 3h avant le départ de la course. Cette légère anticipation nous a donc finalement permis de donner le départ de la course à l’heure prévue, sans trop de soucis.

Si j’ai été un peu déçu de ne pas avoir plus que 140 participants, je me suis rassuré en me disant que c’était un nombre dans la moyenne des 12 éditions, donc pas si mauvais. Par ailleurs, vu le contexte il aurait été compliqué d’avoir beaucoup plus. Cette mission s’est donc révélée très intéressante et formatrice. La semaine de l’évènement a été épuisante mais la fatigue a vite laissé la place à une certaine fierté et beaucoup de soulagement une fois la course passée car tout s’est globalement bien déroulé et les retours positifs et félicitations de certains coureurs m’ont fait très plaisir.  Le bilan  que je tire de cette mission est donc clairement positif sur tous les points au vu des moyens à disposition. Pour conclure cette partie, je citerai Pascal Préault, qui a l’expérience de l’organisation d’un championnat de France de cross entre autre, dont l’habitude est de dire :

« Quand on a organisé la Carrera del Chimborazo, on peut tout organiser. »

Propos extrait du rapport de Stage de Simon Germon

Classements des courses
Les records

Chez les Hommes : Manuel CAÑAR : 1h 03’ 06’’ (2014) – Chez les Femmes : Yolanda QUIMBITA : 1h 17’ 43’’ (2002)


Les vainqueurs

1992 : TAPIA Segundo 1h09’18’’ – ALBAN Ximena 1h21’30’’

1994 : QUINGA José 1h12’11’’ – ORTIZ Marula 1h26’15’’

1996 : JAMI José 1h25’00 – CHALCO Luzmida 1h45’40’’

1998 : QUINAPANTA Nestor 1h09’22’’ – CHASIPANTA Maria 1h24’24’’

2000 : TENORIO Franklin 1h04’48’’ – PAREDES Maria 1h20’09’’

2002 : BUSTILLOS Guido 1h08’34’’ – QUIMBITA Yolanda 1h17’43’’

2004 : JAMI Edgar 1h06’10’’ – CEVALLOS Gabriela 1h18’43’’

2007 : GUALOTUÑA César – 1h07’58’’ – NARVAEZ Narcisa 1h27’16’’

2009 : BALBOA Walter  1h06’32’’ – PASTUÑA Maria 1h27’10’’

2011 : CAÑAR Manuel 1h16’09’’ – ALUASADO Cristina 1h51’48’’

2014 : CAÑAR Manuel – 1h03’06 » – PASTUÑA Maria 1h17’53 »


Les classements

Classement Carrera del Chimborazo 1992 décembre

Classement Carrera del Chimborazo 1994 Novembre

Classement Carrera del Chimborazo 1996 novembre

Classement Carrera del Chimborazo 1998 8 novembre

Classement Carrera del Chimborazo 2000 17 décembre

Classement Carrera del Chimborazo 2002 22 décembre

Classement Carrera del Chimborazo 2004 19 décembre

Classement Carrera del Chimborazo 2007 12 août

Classement Carrera del Chimborazo 2009 28 juin

Classement Carrera del Chimborazo 2011 14 août

Classement Carrera del Chimborazo 2014

Classement Carrera del Chimborazo 2016 juin

Un champion

Jefferson Perez

Jefferson PEREZ, né le 1er juillet 1974 à Cuenca (Equateur) est un athlète équatorien, spécialiste de la marche athlétique.

Il fut le premier champion olympique, tous sports confondus, en provenance de l’Equateur. C’était aux jeux d’Atlanta en 1996 sur la distance de 20 km. Jefferson PEREZ fut également champion du monde sur 20 km à l’occasion des mondiaux 2003 à Paris puis 2005 à Helsinki et enfin 2007 à Osaka.

Il a battu le record du monde du 20 km marche (sur route) en 1h17’21s à Saint Denis (France) le 23 août 2003.

La famille Préault a rencontré Jefferson Pérez au mois de juin 2009 chez lui à Cuenca. Ce fut l’occasion d’une part de découvrir un des hauts lieux de l’entraînement de la Marche Athlétique où des centaines d’athlètes marchent dans le parc de « la madre » en espérant un jour atteindre les performances et le palmarès de Jefferson Pérez et d’autre part d’échanger sur le vécu d’un champion de très grande classe.

 

Interview

Vous êtes équatorien, connu et reconnu pas spécialement par le monde de l’athlétisme, mais par tout un peuple. En France, vous êtes connu bien évidemment par les spécialistes de la marche athlétique par rapport à votre palmarès, mais personne ne connaît réellement votre histoire. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes venu au sport et plus particulièrement à la marche athlétique et à quel âge ?

Je pense que je faisais du sport sans m’entraîner. Quand j’étais petit, je vendais des journaux. Les journaux ici se vendent en courant dans les rues et en faisant du porte à porte, donc, je pense que courir trois ou quatre heures par jour lorsqu’on a 8 ou 9 ans est un entraînement, même si je ne faisais pas de compétition ; ma compétition, c’était de finir de vendre mes journaux à temps. Je crois que c’est à partir de là que sans le savoir, je me suis entraîné, depuis mon plus jeune âge. J’ai commencé lorsque ma mère travaillait sur le marché, j’avais un an. Mais je n’ai commencé un entraînement planifié qu’à l’âge de 14 ans. Les gens pensent que d’avoir fait du sport en compétition m’a permis de développer mon talent, cependant, je pense que le talent était là avant et que je le préparais bien avant sans l’avoir planifié, ce n’est qu’à 14 ans que j’ai commencé un processus de planification.

Comment vous êtes venu à la marche athlétique ?

Je faisais des courses, j’ai été champion national du 1500m, de ce fait, je me rappelle que j’avais un entraînement planifié à 2500m d’altitude et le mois suivant, ils ont organisé une compétition de 1000m, j’avais 14 ans, je n’avais suivi aucun entraînement auparavant, ni fait de compétition et je me souviens que j’ai couru le 1000m en 2mn52, avec seulement un mois d’entraînement derrière moi. Ensuite, il y a eu une dispute entre deux entraineurs, l’un de course qui voulait que je continue à courir, l’autre de marche, qui voulait que je fasse de la marche. Alors, pourquoi j’ai commencé à faire de la marche ? Parce que j’étais intrigué par le fait que les marcheurs s’entrainent beaucoup. Moi, j’arrivais, je m’entrainais pour la course et je repartais, les marcheurs, eux, restaient et donc, un jour, j’ai demandé à l’entraineur pourquoi ils s’entrainaient autant ? Et il m’a dit : pourquoi tu ne viens pas voir ce que nous faisons à l’entraînement ? Il a piqué ma curiosité et je suis allé voir cela. Le premier entrainement que j’ai fait avec les marcheurs fut pour moi, très facile, car c’était un mouvement qui m’était naturel et l’entraineur m’a dit qu’il pensait que j’avais des aptitudes.

Vous avez un palmarès exceptionnel avec 5 participations au JO. Quel est le secret de cette longévité au plus haut niveau pendant presque 20 ans.

Je crois qu’il y a plusieurs paramètres :
– La qualité de l’alimentation
– L’hygiène de vie que l’on a
– La ville où l’on vit
– Le niveau de vie que l’on a

Et une des choses qui m’a toujours attiré l’attention, lors des compétitions des championnats du monde, c’est qu’une fois l’évènement terminé, j’étais littéralement mort. J’allais dormir et pendant la soirée, lorsque j’essayais d’aller dîner, les autres allaient faire la fête et boire et je ne comprenais pas comment ils avaient la force de faire cela, c’était impressionnant.

J’ai toujours été un type très calme, les gens de la montagne en Equateur sont toujours très calmes, très paisibles, les athlètes de course de fond sont des gens très calmes, tout cela s’est accumulé. Cuenca est une ville où nous sommes très conservateurs et très calmes.

Je pense qu’il y a de nombreux facteurs qui expliquent ma longévité. Le plus intéressant c’est que lors des derniers jeux Olympiques à Beijing (Pékin), j’ai concouru contre trois ou quatre générations de Russes, c’est comme… Génial ! Lorsque j’étais champion, ce jeune homme commençait juste à faire de la marche et maintenant que je m’en vais, nous sommes à un niveau équivalent.

Le fait d’habiter à Cuenca, une ville située au sud de l’Equateur à 2500 mètres d’altitude, pensez-vous que c’est un avantage ou un inconvénient pour l’entraînement ?

Parfois lorsque je me mets à cuisiner, j’ai un couteau extrêmement aiguisé et c’est très facile de couper la viande, mais ce même couteau peut me couper le doigt, lorsque le couteau n’est ni bon ni mauvais, ça dépend de comment on s’en sert. En ce qui concerne l’altitude, c’est la même chose. L’altitude, ce peut être une bonne chose ou une mauvaise chose, ça dépend de comment on s’en sert. Par exemple, au cours des 3 ou 4 dernières années, je m’entrainais avant les championnats du monde au niveau de la mer, alors les gens me disaient : comment est-il possible que tu vives en altitude et que tu ne continues pas à t’entrainer en altitude pour le mondial. Moi je disais : non, parce que j’ai tel âge… !, parce que ma condition ne peut pas s’améliorer plus en altitude. Je dois être plus rapide, je dois m’adapter à la température, à l’humidité, je dois m’éloigner des problèmes de ma ville, je dois me centrer, c’est-à-dire que le thème de l’altitude dépend de la façon dont on s’en sert.

Si je comprends bien, vous utilisez l’altitude comme préparation générale ?

Nous nous servons de l’altitude pour la préparation générale, spécialisé lorsqu’elle fait partie de la compétition, donc, en altitude, je peux aller courir trois heures mais je peux aussi faire 10 fois 1000m, c’est un travail complètement opposé, les objectifs sont complètement différents, alors on se sert d’une partie de la préparation générale. J’ai aussi été plusieurs fois à la plage pour faire ma préparation générale. J’ai parfois couru un 4000m pour me préparer. Pour moi, le thème de l’altitude dépend d’où on le place, c’est comme un casse-tête, la grande pièce que l’on n’a n’est pas aussi importante en somme que la pièce indispensable, grande ou petite il faut la placer à l’endroit exact.

Vous avez beaucoup utilisé l’altitude dans vos entraînements. Sans l’altitude, est ce que vous pensez que vous aurez réussi la même carrière ?

Je crois que souvent ce sont nos gênes qui décident. Ce n’est pas parce qu’on est né en altitude, qu’on vit en altitude, qu’on s’entraîne en altitude que cela fonctionne car sans le talent, pas d’altitude qui vaille ! Par exemple, Robert Corsenius qui a été un des meilleurs marcheurs de l’histoire est né au niveau de la mer, a vécu au niveau de la mer, s’est entraîné au niveau de la mer et a gagné au niveau de la mer. Alors, je crois aussi que la génétique a aussi à voir avec le talent. Et donc, l’altitude et les températures élevées, je crois que ce sont des facteurs externes. Mais en outre, il y a autre chose : l’altitude ne sert pas seulement à développer la partie physiologique, je pense que les conditions dans lesquelles on s’entraîne en altitude sont beaucoup plus adverses. Par exemple, le froid en dessous de zéro. Ce n’est pas le même au niveau de la mer et à quatre mille mètres d’altitude. Par ailleurs, il est intéressant, lorsque je suis dans la montagne, parce que je suis près, de voir qu’il y a des personnes de 60, 70 ou 80 ans qui portent sur leur dos ce qu’ils emmènent dans la montagne, chose qui doit être très difficile à trouver sans doute en Allemagne ou en France. Ce n’est pas seulement l’altitude mais plutôt le concept pour lequel me sert l’altitude. Pour moi, ce n’est pas seulement la partie physiologique mais aussi émotionnelle, spirituelle.

En vous regardant marcher, votre technique de marche est irréprochable. Vous avez battu le record du monde sur 20 km à Paris lors des championnats du monde avec 0 faute. La part de votre travail technique devait être importante dans votre programme d’entraînement ?

J’ai trois types d’entraînement : un entraînement physique, psychologique et spirituel. Concernant l’aspect physique, physico émotionnel, ce n’est pas seulement d’aller sur la piste mais aussi de filmer car nous avons des softwares à partir desquels nous effectuons des mesures d’angles. Je crois que j’ai eu la chance d’être indépendant et de chercher ce dont j’avais besoin pour développer ma biomécanique, je dois également reconnaître que ce que j’ai fait, c’est fusionner une série de techniques d’anciens champions olympiques des années 70 et 80, et même des années 90. J’ai étudié chacun d’eux, j’ai effectué une fusion de leurs techniques et finalement lorsque j’ai senti que tout était en train de fusionner, j’y ai mis de ma joie de vivre qui est un peu l’expression latine. Parfois lorsqu’on a essayé de filmer/graver ce que je fais, il trouve cela un peu difficile plus spécialement en ce qui concerne le mouvement des hanches, mais cela ce n’est pas technique, je veux dire par là que ce ne sont pas des aspects techniques, mais plutôt quelque chose qui m’est propre. J’en profite, peut-être est-ce pour cela que j’ai eu la chance de ne jamais être disqualifié. La fédération internationale dans de nombreuses vidéos m’a toujours montré comme un exemple de technique parfaite, c’est agréable mais je rappelle une fois de plus que je crois que c’est :
– La fusion de la biomécanique d’autres sportifs des jeux olympiques antérieurs
– L’étude technique à travers les programmes informatiques pour voir et analyser
– La façon d’exprimer mon identité à travers un mouvement joyeux

Vous avez fait comme Lance Amstrong, vous avez travaillé beaucoup en laboratoire ?

Oui, quelque chose de semblable même si je n’avais pas autant d’argent.

Et l’aspect psychologique ?

En ce qui concerne l’aspect psychologique, j’ai un plan stratégique très similaire à celui relatif au physique. Sur le plan physique, nous entraînons la résistance, la rapidité, la tolérance et tous les paramètres ayant trait à la force… Sur le plan psychologique, c’est exactement pareil, nous développons des qualités comme la tolérance, l’effort, la visualisation, le but. Tous les jours mais pas de façon parfaitement parallèle. En plus des aspects psychologiques, mais elle se trouve aussi dans la partie de la psychologie, il y a aussi la partie de la formation intellectuelle. A de nombreuses occasions, nous accédons aux informations nécessaires qui me permettent de développer plus mon intellect.

Et combien de personnes travaillent avec vous ?

Beaucoup, au début, j’avais une équipe directe de 6 personnes et indirecte d’environ 20 personnes. Ensuite, j’ai eu 4 personnes de façon directe et près de 12 de façon indirecte alors c’est comme une équipe, j’ai eu beaucoup de gens.

Les personnes directes sont les responsables de chaque domaine, par exemple en médecine, le médecin (j’ai des problèmes gastriques). Ce médecin était en contact permanent avec le gastroentérologue qui lui donnait des plans d’entraînement afin de pouvoir me prescrire les médicaments que je devais prendre pour mon estomac. J’avais aussi des problèmes d’articulations. Ce médecin sportif était toujours en contact avec le spécialiste de la traumatologie. Donc, les directs étaient les médecins sportifs, les indirects étaient les spécialistes. C’était pareil dans tous les domaines, en psychologie, en médecine, en physiothérapie, en nutrition.

Aujourd’hui, vous avez décidé d’arrêter votre carrière, il n’y aura pas de come back ?

Non.

Maintenant comment vous allez vous investir dans le monde de la marche athlétique ? Dirigeant ? Entraîneur ?

Je crois que je dois beaucoup au sport en particulier à la marche, cependant, je pense que mon pays ne reconnaît pas un marcheur, il reconnaît un citoyen. Ma responsabilité, évidemment, à l’égard du monde sportif est en rapport avec la marche. De ce fait, nous avons créé des qualifications et des cliniques de travail, je l’ai fait en Italie, au Mexique, maintenant, je vais en Chine, ensuite nous allons aller en Colombie, au Pérou, ou alors nous essayons de transmettre le principe de la marche. Je crois que dans mon pays il n’est pas suffisant, je crois qu’il faut pouvoir donner beaucoup plus. Mon pays m’a tout donné, il m’a donné une éducation, une identité, une opportunité de le représenter dans le monde entier, de faire du sport, une famille, des amis, donc, je crois qu’il me faut donner beaucoup plus que la marche à mon pays.

Alors, comment est-ce que je m’investis ? A travers la fondation. Que fait la fondation ? Elle donne des bourses d’études à des enfants qui travaillent dans les rues ou à des enfants dont les parents travaillent sur les marchés.

Nous avons une grande entreprise de marketing sportif, nous sommes les représentants de sportifs d’élite dans n’importe quel sport qui négocient le droit à l’image et par ailleurs, nous avons des entreprises qui ont pour but : l’une, la communication, l’autre, l’immobilier et la dernière, le développement des produits nutritifs. Comme je me sens redevable, je rends d’une part au sport mais aussi à la société.

Question plus personnelle, êtes vous marié ? Avez-vous des enfants ? Feront-ils de la marche athlétique

Non

Quel conseil pouvez-vous donner à un jeune comme Thomas qui a 12 ans et qui commence la marche athlétique ?

Ce que je pourrais dire aux jeunes, c’est que : lorsque nous allons manger nous ingérons des aliments solides mais aussi des aliments liquides alors je crois que dans la vie, c’est pareil. Nous pouvons faire du sport, mais nous avons aussi besoin d’étudier. Si nous essayons d’ingérer seulement des aliments solides, notre corps va s’en ressentir, de la même façon si nous ingérons seulement des aliments liquides. Dans la vie, c’est pareil si nous ne faisons que du sport en espérant seulement être champion du monde et que nous n’avons pas une préparation adéquate pour en assumer la responsabilité, ça ne sert à rien. Si on ne se consacre qu’aux études sans faire de sport, ça ne sert pas à grand-chose non plus car ce que nous enseigne le sport se trouve dans la pratique et non dans la partie académique : tolérance, effort, travail en équipe, honnêteté. Ce sont des choses parfois difficiles à mettre en pratique mais dans le sport, c’est très facile, donc, je crois que nous avons besoin de lier nos deux activités et une fois unies, il y a beaucoup d’autres activités : le thème culturel, le thème de la santé, le thème de l’éducation, le thème de la formation.

Est ce que vous continuez à faire du sport ?

Je fais du sport, du combat, je cours, je fais de la natation, du cyclisme. J’essaie de planifier.

Son palmarès

JEUX OLYMPIQUES
1996 : Atlanta : 1er
2000 : Sydney : 4e
2004 : Athènes : 4e
2008 : Pékin : 2e

CHAMPIONNAT DU MONDE
1999 : Séville : 2e
2001 : Edmonton : 8e
2003 : Paris : 1er
2005 : Helsinki : 1er
2007 : Osaka : 1er

JEUX PANAMERICAINS
1995 : Mar del Plata : 1er
1999 : Winnipeg : 3e
2003 : Saint Domingue : 1er

CHAMPIONNAT DU MONDE JUNIOR
(10km) 1992 : Séoul : 1er

Chimborazo