C’est le 12 juin que Graciela Préault a reçu au palais du Luxembourg, à Paris, la médaille d’honneur du Sénat pour son engagement et sa contribution à entretenir des liens d’amitié entre la France et l’Equateur, au travers des actions qu’elle a menées depuis de nombreuses années en faveur du développement du sport auprès des jeunes issus des Communautés indigènes.

Article paru dans le Berry républicain du vendredi 21 juin 2019

Thomas et Isabel, les deux enfants de Graciela, ont tenu à rendre hommage à leur maman et à présenter sa médaille aux membres de notre association et aux Saint-Amandois. Cette cérémonie amicale s’est déroulée vendredi 21 juin à l’hôtel de Godin. Guy Lainé, maire-adjoint, représentait la municipalité de Saint-Amand-Montrond (voir photo en tête de cette page).

Nous sommes ici réunis pour célébrer la récompense de notre mère, Graciela Préault. Choisie par l’Ambassade d’Équateur pour son parcours, elle a, comme vous le savez, reçu une médaille du Sénat. Nous tenons à remercier tout particulièrement Maria de De la Paz Donoso (Ambassadrice d’Équateur en France) et Jorge Luis Serrano (Attaché culturel de l’Ambassade d’Équateur en France). Ils ont trouvé en Graciela et en son parcours la représentation parfaite des liens franco-équatoriens, mis en valeur pendant la semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes.

Notre mère vient d’une famille d’agriculteur assez modeste. Elle a toujours été convaincue, comme ses parents, que l’éducation et la persévérance lui permettraient de s’épanouir et d’atteindre ses objectifs, quels qu’ils soient. Cet état d’esprit l’a menée vers le sport professionnel, et tout particulièrement vers l’athlétisme. Ce choix est courageux puisque, contrairement à aujourd’hui, la course à pieds ne suscitait pas le même intérêt et les mêmes jugements à travers le monde. De plus, cette vision particulière du sport atteignait son paroxysme pour les coureuses féminines. Rien de tout cela n’a freiné notre mère. En effet, Graciela a fait partie de la toute première génération d’athlètes équatoriens ayant le privilège de représenter leur pays à l’étranger dans des compétitions et championnats internationaux. Son maillot national a en effet beaucoup voyagé : entre Londres, Tokyo, Rio de Janeiro, Caracas, New york, Moscou … Graciela l’a même endossé pour plusieurs championnats du monde. Sur son continent d’origine, elle a remporté deux championnats. Ses exploits ont inspiré toute une génération d’athlètes masculins, mais aussi et surtout féminins. On peut par exemple penser à Jefferson Perez, Champion Olympique en 1996 à Atlanta.

Jusqu’à aujourd’hui, elle tient le rôle de pionnière et de légende en Équateur. Elle figure toujours en égérie de l’équipementier national et est reconnue par ses compatriotes. Je garde en moi un souvenir qui remonte à mes tout premiers voyages en Équateur étant enfant. Je n’étais alors pas conscient du rôle que ma mère avait eu, ou du moins j’étais trop jeune pour le comprendre. J’en ai réellement pris conscience au cours d’une visite chez un ami. Ce jour-là, une jeune adolescente a rencontré ma mère. Celle-ci était folle de joie de voir celle qu’elle considérait comme son modèle. La jeune fille foulait déjà les pistes d’athlétisme et rêvait d’une carrière à l’image de celle de ma mère. La seule compétition qu’elle n’a jamais eu l’occasion de courir et à laquelle elle aurait souhaité participer sont les Jeux Olympiques. C’est la naissance de Thomas qui a clôturé sa carrière sportive et qui a ouvert un nouveau chapitre de sa vie.

Après avoir vécu une vie sportive trépidante, elle s’est installée à Lignières pour se consacrer à sa famille. C’est encore une fois un choix courageux : elle a quitté son pays et sa famille si chers à son cœur, une simple valise à la main. Pour rester en contact avec ses proches restés en Amérique du Sud, elle a dû s’armer de patience : enregistrer une cassette, l’envoyer, attendre la réponse qui venait plusieurs mois plus tard puis recommencer. D’un autre côté, Graciela s’est parfaitement intégrée dans la vie berrichonne. Elle a continué à œuvrer pour le sport et à répandre ses bienfaits physiques et sociaux. Elle s’est aussi investie dans le rapprochement entre son pays d’origine et sa nation de cœur et d’adoption, notamment en travaillant pour l’ambassade d’Équateur de l’UNESCO. Sa mission consistait à faire la promotion de l’Équateur au sein de facultés de langues.

Elle est aujourd’hui une intermédiaire indispensable et irremplaçable dans le rapprochement des deux pays et plus particulièrement entre les villes de Saint-Amand-Montrond et Riobamba. Cette médaille récompense ainsi ses convictions, sa simplicité, sa très grande modestie, sa sagesse, mais aussi sa passion pour le sport, l’inspiration qu’elle a suscitée et son rôle de l’ombre dans les relations entre les deux pays.

Tout simplement bravo maman !

Thomas et Isabel Préault

L’article ci-dessous est paru dans l’Echo du Berry du 4 juillet 2019